Contribution de Dominique

I – SUR LA PRISE EN COMPTE DU PATRIMOINE EXISTANT
1a) Analyse des bâtiments existants :
il semble que, en dépit de réalisations dans l’agglomération grenobloise, le cabinet « Maison Edouard François », ne connaisse pas les réalités locales ou du moins n’ait pas pris le temps d’étudier finement les bâtiments, les matériaux locaux et et les techniques constructives dont il parle dans la NOTICE ARCHITECTURALE (document PC04) du nouveau projet Neyrpic à Saint-Martin-d’Hères !
Il appelle « pierre meulière » (cf. pp. 14 et 42) les moellons des corps de mur, pierre de calcaire clair probablement issus de la carrière de l’Echaillon), qui ne peut pas être qualifiée de « meulière ».
En outre, dans cette même notice architecturale les décors des halles dites « Ectra » et « Neyrpic » et du bâtiment « Pointeuse sont indiqué comme étant « en pierre », alors qu’il s’agit de blocs de ciment moulé tout à fait caractéristiques de l’industrie grenobloise de l’époque, ces éléments décoratifs étant obtenus par moulage d’agrégats divers, charges et liants.

1b) Prise en compte des caractéristiques patrimoniales dans les interventions architecturales :
En dépit du défaut d’analyse évoqué ci-dessus, les interventions projetées sur l’existant apparaissent moins absurdes sur le plan du patrimoine existant que dans le précédent projet, notamment en ce qui concerne la prise en compte des volumes et la conservation des charpentes, ainsi que certaines des interventions sur les façades :
La solution franche, « tout vitré », préconisée pour « l’entrée piétons » côté avenue B. Franchon (cf. document PC05.4), répond intelligemment à une fonction nouvelle sans tricher avec l’esprit du bâtiment
En revanche, les solutions bâtardes envisagées pour les « entrée escalade » et « entrée loisirs », là où deux passages jumelés, réalisés par la suppression des allèges tout en conservant le pilier séparatif, suffiraient largement à répondre au besoin, sans dénaturer la façade d’origine, de même que pour la création de vitrines toute hauteur.
Ces remarques s’appliquent de la même manière aux interventions envisagées sur l’espace central, dit « Corso », entre les deux halles du début du XXe siècle (cf.document PC05.5).

Pour les mêmes raisons de bonne « lecture » des dispositions d’origine ayant régi la
composition, il conviendra de marquer la trace des jambages des anciennes portes
charretières des façades des deux halles du côté de la rue Benoît Frachon, même si on
décide de conserver ou remplacer les allèges tardives.
En conséquence :
Pour être fidèle à l’esprit des façades et des ouvertures d’origine le projet architectural
devrait donc être retravaillé sur ce point important.

II – SUR LE GENIUS LOCI 7 ET LE « CORSO » :
Le principe énoncé dans le projet, visant à structurer le projet autour de l’axe déterminé
par les deux halles anciennes dites « Ectra » et « Neyrpic », est une orientation
intéressante mais l’emploi du terme « Corso » intrigue :
Ce terme désigne, en italien, la rue d’une ville servant de promenade publique et où se
déroulent les fêtes.
En français usuel, il désigne un défilé de chars dans une fête de village, lors d’un
cortège de carnaval ou d’une autre fête sur la voie publique, généralement avec fleurs
et batailles de confettis et évoque immédiatement l’expression « Corso fleuri »).
Son emploi dans le contexte d’un projet visant à la réalisation d’un centre commercial
géant ne répondrait-il pas à l’intention subliminale de « fleurir » un projet pharaonique
visant exclusivement à célébrer la fête de la consommation pour essayer de le rendre
plus acceptable?

III – SUR LE PROGRAMME, QUI CONSTITUE L’ASPECT LE PLUS
PROBLEMATIQUE :
Comme pour la version précédente du projet, en regard des orientations du Schéma
Directeur / SCOT, de la situation de l’activité commerciale dans la proche agglomération
grenobloise et de la pénurie de logements, le choix de réserver exclusivement ce
tènement à un programme d’activités commerciales interroge d’autant plus sur sa
pertinence que la commune de Saint-Martin-d’Hères dispose déjà, en bordure
immédiate du site Neyrpic, du centre commercial Géant Casino et, à proximité, de
nombreuses surfaces commerciales de part et d’autre des rues des Glairons et de
Champ Roman.
Au moment même où :
– sur la base d’études sérieuses, des urbanistes, des économistes et des sociologues
(relayés désormais par des pans entiers du monde économique, des élus de tous bords
et de la société civile) s’inquiètent de l’émiettement territorial et du développement de la
7 Sur « l’Esprit du lieu », voir notamment J Ponzo, Genius loci et identité nationale : représentations de l’espace
dans la narration italienne portant sur le Risorgimento, et C. Norberg-Schultz, Genius Loci, paysage, Ambiance,
Architecture, Mardaga
rurbanisation (qui mite le territoire, entraîne des temps de transports accrus) et de la
désertification – concomitante – des coeurs de ville et de communes de banlieues
– le Gouvernement, par la voix du ministre de la Cohésion des territoires, présente un
plan pour conforter l’attractivité des villes moyennes articulé autour de l’offre de
logements pour faire revenir des habitants et de la défense de l’attractivité du
commerce de centre-ville et envisage la possibilité de décréter un moratoire sur
l’ouverture de nouveaux centres commerciaux
=> il apparaît totalement incohérent d’envisager la création sur l’ensemble du site d’un
nouveau grand centre commercial visant une zone de chalandise de plus d’un million
d’habitants alors que l’agglomération en compte déjà plusieurs, bien desservis par des
transports en communs, dont des lignes de tramway pour deux d’entre eux et que la
commune de Saint-Martin-d’Hères elle-même dispose déjà de très vastes surfaces
commerciales à proximité immédiate.

EN CONCLUSION :
Le projet devrait abandonner définitivement l’idée de création d’un nouveau centre commercial et le programme devrait être totalement
revu pour privilégier :
– dans les bâtiments du début du XXe siècle (halles « Ectra » et « Neyrpic » et bâtiment Pointeuse) rénovés avec une meilleure prise en compte de leurs caractéristiques d’origine (voir plus haut en les observations sur un meilleur respect des ouvertures anciennes) :
une pépinière d’entreprises + éventuellement quelques surfaces commerciales en nombre et surface limités,
– sur les espaces libres ou à libérer : du logement (avec éventuellement de petites surfaces commerciales de proximité : boulangerie, pharmacie, en rez-de-chaussée) et de petits espaces verts.

 

Notes

  • http://www.edouardfrancois.com/maison-edouard-francois/edouard-francois/ : « A Grenoble, avec Panache dans l’éco quartier
    ZAC Presqu’île, Edouard François a inventé une typologie totalement novatrice dans son projet de tour pour l’éco-quartier ZAC
    Presqu’Île (livraison 2017) : il pousse l’expérimentation écologique et sociale jusqu’à désolidariser les façades des balcons, pour
    supprimer les ponts thermiques. C’est le nouveau concept de «green cloud». Poursuivant ce travail sur le désir de nature en ville,
    la Maison Edouard François intègre l’agriculture urbaine dans de nombreux projets, à Paris (Ferme Urbaine Paris Didot), à
    Bordeaux (5 ha consacrés à l’agriculture urbaine à Bordeaux Brazza)…
    Dans sa réflexion sur le contexte, la Maison Edouard François s’interroge sur le patrimoine : du Fouquet’s Barrière (2006), qui
    réinterprète la façade haussmannienne, à la réhabilitation de La Samaritaine en palace Cheval Blanc LVMH (livraison 2018), les
    propositions de l’agence sont des formes aussi contemporaines et radicales que respectueuses des sites exceptionnels dans
    lesquels elles s’inscrivent. Dans ce même esprit, la Maison Edouard François travaille sur la mémoire de sites industriels, avec
    par exemple la reconversion des anciennes usines Neyrpic à Saint-Martin-d’hères (38). »
  • Cf . Anne Cayol-Gerin, historienne et historienne de l’art, actuelle cheffe du Service du patrimoine de l’Isère, spécialiste des
    matériaux de construction dauphinois
  • cf. p. 39 : « restauration des façades d’origine intégrant baies et éléments d’ornementation en pierre »
  • Voir notamment A. Cayol-Gerin, C. Guichard et B. Riboreau : L’or gris du grand Grenoble (Guide du patrimoine rhônalpin)
    Broché – 2000

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